Source : La Lettre du CSA n°202, Janvier 2007
Analysant la façon dont s’expriment les journalistes et animateurs de télévision, Henriette Walter, linguiste et membre du Conseil supérieur de la langue française, observe une tendance à faire trop de liaisons : "Quand les journalistes et les animateurs lisent leur texte ou leur prompteur, on assiste à un phénomène très curieux, ils font plus de liaisons que nécessaire. Dans le langage courant, on ne fait pas de liaison avec le "t", eux si. Par exemple, ils diront en "chantant t’et parlant". Ce qui paraît presque incongru !
Cette remarque ne contredit en rien les lettres et courriels reçus par le Conseil pour dénoncer l’absence de liaison pourtant indispensable entre l’adjectif numéral et le mot "euro", régulièrement évoquée dans cette rubrique depuis janvier 2002, date d’adoption de la monnaie européenne.
Les liaisons obligatoires sont parfois omises mais il arrive très souvent, comme le souligne Henriette Walter, que par souci de bien dire - la "prononciation liée" étant bien à tort, perçue comme une marque du beau langage (2) - l’on fasse des liaisons abusives, en particulier entre le substantif singulier et l’adjectif, comme "le gouvernement t’actuel", "le Crédit t’ agricole", relevées dans les journaux télévisés ou encore "un sujet t’intéressant", "le président t’américain".
Toutefois, si en direct nul n’est à l’abri d’un lapsus, il n’en est pas de même pour les messages publicitaires qui passent à l’antenne. Or, un message télévisé pour une marque automobile, diffusé en décembre dernier, comportait une phrase qui résonnait bizarrement à l’oreille : "Moi, je m’en suis offert t’une". Fallait-il entendre "Moi, je m’en suis offerte une", avec une faute d’accord du participe passé ou "Moi, je m’en suis offert t’une", avec une liaison erronée qui équivaudrait à dire : "Je me suis offert t’une voiture" ? Véritables chausse-trappes (3) de l’oral, il est une fois de plus démontré que les liaisons nécessitent une constante vigilance.
