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DU BON USAGE DU FRANCAIS
Encore un "e" parasite

Parmi les incorrections relevées à la télévision et à la radio, l’une des plus critiquées par les téléspectateurs et les auditeurs est celle qui consiste à ajouter un e ou un eu à la fin des mots : avecqueu, l’ouesteu ou oueste, en directeu ou en directe, matche nul, l’Arcque de Triomphe, le Cedexe seize, en marse prochain, vingte-deux, les exe-z-otages, le bssue scoalire, ourse blanc ou ourse noir : "Cela devient infernal, inadmissible, inaudible", écrit- on au Conseil, en constatant que cette nouvelle intonation est omniprésente, quelle que soit la station de radio ou chaîne de télévision.

Dans l’Histoire de la langue française 1945-2000, Fernand Carton relève comme tendance évolutive de la prononciation, en conversation ordinaire, le e épentéthique, c’est-à-dire l’insertion d’un e "qui évite les séquences de consonnes inhabituelles en français dans les groupes tri- ou quadri- consonantiques. Ce "lubrifiant", conforme aux tendances de la langue, étant devenu fréquent, on y prête moins d’attention et on est moins sensible à la transgression, même si cette paragoge est évaluée de façon péjorative quand un non-méridional, à la radio ou à la télévision, prononce lorseque, matche tactique, exe-sénateur."

Cette prononciation, jusque-là réservée aux mots se terminant par plusieurs consonnes, puis par une seule consonne, s’étend aujourd’hui aux mots qui finissent par une voyelle, avec accentuation de cette nouvelle syllabe comme la reconnaissanceu, l’action internationaleu ou l’Europeu, sans oublier le "Bonjoureu" de trois syllabes avec accentuation sur la dernière syllabe qui se veut chic face au "Bon’jourh" accentué sur la deuxième syllabe, la première étant presque avalée.

La Baule, Dole, le jeûne et le commissariat

Une habitante de La Baule s’est plainte que la prononciation de sa ville souit régulièrement écorchée à la télévision, comme si La Baule rimait avec bol. Il est vrai que dans certains régions de France, on a tendance à intervertir le o fermé de pôle, dôme, côte ou Rhône et le o ouvert de bonne, hotte, cote.

Cependant les deux sons o sont bien distincts et les Baulois souhaitent légitimement que les présentateurs de télévision respectent la prononciation correcte.

En revanche, si vous ne voulez pas vous faire remarquer par les Dolois, prononcez le nom du chef-lieu d’arrondissement du Jura (dol) et non dôle. Ecrivez-le correctement sans accent circonflexe. L’orthographe et la prononciation du nom opposèrent très longtemps les érudits locaux aux Parisiens, partisans de l’accent circonflexe (et du o fermé), conformément à cette orthographe dans une épître à la gloire de Louis XIV. La question ne fut définitivement réglée que le 16 mars 1962 par un décret du préfet du Jura officialisant l’orthographe de la ville : Dôle.

Une autre confusion concerne le eu ouvert et le eu fermé (le jeûne rimant à tort avec les jeunes) chez des personnes qui n’ont d’ailleurs aucun accent régional.

Il convient de rappeler que le mot jeûne se prononce avec un eu fermé et qu’à la différence de déjeuner, il prend l’accent circonflexe souvent oublié à la télévision, que ce soit dans les incrustations ou dans le sous-titrage.

Enfin, influencés par les noms en -aire dont ils sont dérivés, les noms terminés par -ariat deviennent parfois à l’oral (airiat) comme secrétairiat ou commissairiat pour secrétariat et commissariat.

Le suffixe -aire qui, dans ces mots en position d’infixe (élément qui s’insère à l’intérieur d’un mot, parfois dans la racine, afin d’en modifier le sens), se combine avec le suffixe -at et prend la forme savante -ariat, issue du latin -arius.

Ainsi s’expliquent les formations : commissaire-commissariat, partenaire-partenariat, etc.

Lettre du CSA de mai 2008