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DU BON USAGE DU FRANCAIS
Féminins à tout-va

Lors d’un entretien télévisé, un comédien se disait particulièrement agacé par l’oubli trop fréquent de l’accord des participes passés employés avec l’auxiliaire "avoir" lorsque le complément d’objet direct se situe avant :"les décisions que vous avez pris" au lieu de "les décisions que vous avez prises". A l’opposé, il arrive depuis quelque temps que l’on accorde à tort des participes passés qui devraient rester invariables, comme l’illustrent les exemples suivants relevés à la radio et à la télévision.

Se permettre et se promettre :

A la différence du verbe "se mettre à" (je me suis mis à rêver) dont le participe passé s’accorde avec le sujet, le participe passé des verbes "se permettre" et "se promettre" reste toujours invariable devant un infinitif : elle s’est promis de recommencer, elle s’est permis d’annoncer sa candidature et non elle s’est promise de , elle s’est permise de).

Ces accords fautifs de plus en plus fréquents sont vraisemblablement dus non pas à une féminisation à outrance mais à une confusion dans l’analyse des pronoms personnels entre le complément d’objet direct (je me suis mise au travail) et le complément d’objet indirect ou complément d’attribution, selon les différentes terminologies (je me suis permis), les deux formes étant homophones (me, te, se, etc.). Prenons garde à l’hypercorrection qui consiste à privilégier des formes fautives en croyant bien faire ...

Faire + infinitif :

Le participe passé "fait" immédiatement suivi d’un infinitif est toujours invariable, contrairement au message publicitaire : "Ma voiture, je l’ai faite réparer" au lieu de "je l’ai fait réparer".

Double faute pour "se faire fort de " :

Dans l’expression "se faire fort de" (se déclarer capable de), "fait" et "fort" restent invariables : elle s’est fait fort de réussir et non elle s’est faite fort de réussir, ni elle s’est faite forte de réussir.

Se faire l’écho de :

Au sens de répéter en propageant, "se faire l’écho de" est une expression figée et le participe passé reste invariable : la presse s’est fait l’écho de cette rumeur plutôt que la presse s’est faite l’écho de cette rumeur, même si cette dernière phrase est grammaticalement correcte.

En + participe passé :

L’accord du participe passé après "en" s’est longtemps fait de façon capricieuse selon les auteurs, et même selon les grammairiens. On considère en principe le pronom "en " comme un neutre de valeur partitif qui équivaut à " de cela, une partie des choses, d’où l’invariabilité : j’en ai pris.

Certains auteurs, cependant, ont estimé que le pronom "en " assumait en pareils cas le genre et le nom qu’il représentait et faisaient l’accord : j’en ai prise.

L’Académie française a tranché en précisant dans la neuvième édition de son Dictionnaire : "En joue un rôle de complément d’objet direct, en gardant cependant sa valeur partitive... "En" étant ressenti comme un collectif neutre, le participe reste invariable (Des nouvelles ? J’en ai reçu. Plus j’ai reçu de lettres, et moins j’en ai écrit. Il rejette à la mer autant d’ablettes qu’il en a pris).

Attention aux correcteurs d’orthographe qui veulent corriger dans le dernier exemple "pris" en "prises" et se justifient en rappelant l’accord du participe passé employé avec le pronom relatif, alors qu’il s’agit de l’accord du participe passé avec le pronom personnel bien particulier qui exige l’invariabilité.

Lettre du CSA de décembre 2008