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DU BON USAGE DU FRANCAIS
Interrogation directe ou indirecte ?

Il y a en français trois manières de poser une question. Dans le premier cas, le plus classique, l’interrogation est marquée par l’inversion du sujet : Venez-vous ? Dans le deuxième cas, l’ordre sujet-verbe ne change pas, l’interrogation étant marquée par la locution « est-ce que » : Est-ce que vous venez ? Dans le troisième cas enfin, seule l’intonation distingue l’interrogation « Vous venez ? » de l’affirmation « Vous venez ». Des téléspectateurs et des auditeurs reprochent régulièrement aux médias de n’employer que des interrogations intonatives et regrettent que l’inversion ait totalement disparu dans les propositions interrogatives directes. Lorsqu’il s’agit d’une interrogation partielle [l’interrogation porte sur un élément de la phrase], le mot interrogatif, en tête de phrase, entraîne l’inversion du sujet et du verbe : Quand venez-vous ? La langue parlée familière a tendance à reporter le mot interrogatif en fin de phrase : Tu vas où ? pour aboutir à la formule propre aux « accros » du portable T’es où ?

Cette construction est fréquente dans les médias, avec les formulations disgracieuses : Vous en pensez quoi ? Vous en avez combien ? [ndlr l’auteur de l’article est bien aimable quand il emploie le mot « disgracieuses » !] Elle est cependant supplantée par une autre tournure dans laquelle le mot interrogatif reste en tête de phrase sans entraîner l’inversion du sujet : « Comment vous imaginer l’avenir ? » « Pourquoi les négociations ont échoué ? » au lieu de « Comment imaginez-vous l’avenir ? », « Pourquoi les négociations ont-elles échoué ? »

Dans Le Bon Usage, Maurice Grévisse et Andrée Goosse rappellent que ces interrogations partielles n’étaient pas rares au Moyen Age mais qu’aujourd’hui, c’est un usage de la langue familière, généralement considéré comme incorrect.

Un registre de plus en plus familier

Cet avis est partagé par des professeurs de français langue étrangère qui dénoncent ces constructions syntaxiques propres aux médias : « Longtemps synonyme de langue standard, la langue des médias se caractérise actuellement par l’emploi d’un registre de plus en plus familier et par des modèles syntaxiques qui n’appartiennent pas au français standard enseigné aux élèves étrangers ».

Si l’inversion nécessaire dans l’interrogation directe a presque disparu, elle se généralise à tort dans les interrogatives indirectes : on commence par une interrogative indirecte pour terminer par une interrogative directe : Dites-nous pourquoi les gardiens n’ont-ils pas réagi » au lieu de « Dites-nous pourquoi les gardiens n’ont pas réagi ».

Il en va de même avec les introducteurs de l’interrogation directe « est-ce que » ou « qu’est-ce que » employés dans les interrogations indirectes : Je voudrais savoir est-ce qu’on vous verra bientôt à l’affiche » pour « Je voudrais savoir si l’on vous verra bientôt à l’affiche ? ». « Nous ne savons pas encore qu’est-ce qu’ils ont décidé » au lieu de « Nous ne savons pas encore ce qu’ils ont décidé ».

NDLR Personnellement, face à la généralisation des erreurs de français dans les médias, je serais pour rendre obligatoire des remises à niveau de français dans les écoles de journalisme. Certains médias tels que France Info et LCI sont coutumiers de dérapages [trop] fréquents. L’intégrité journalistique passe aussi par la perfection du langage dans lequel s’expriment les journalistes. C’est vrai pour la presse audiovisuelle comme pour la presse écrite. Michel Schulman

Lettre du CSA de novembre 2009