Si les pléonasmes panacée universelle, monopole exclusif ou 16 heures de l’après-midi peuvent toujours être entendus à l’écoute des médias, deux ont actuellement la vedette dans le discours des professionnels comme dans celui des invités : prévoir à l’avance et au jour d’aujourd’hui.
Prévoir à l’avance
Il est évident que l’on ne peut pas prévoir après coup, et le préfixe « pré » contient déjà l’idée d’antériorité. L’expression « prévoir à l’avance », souvent relevée dans les journaux télévisés, et plus encore dans les émissions d’animation ou les séries, tient au fait que, pour le locuteur, l’action a été prévue de longue date et non au dernier moment. Certains journalistes, conscients de cette redondance, insistent sur la durée en ajoutant « très à l’avance », « depuis très longtemps » ou « de longue date ». A la radio, l’autocorrection étant entrée dans l’usage, les animateurs n’hésitent pas à commenter leurs propos et à dénoncer leurs propres incorrections : « Il aurait fallu prévoir à l’avance, pardon, j’ai employé un affreux pléonasme, il aurait fallu prévoir tout simplement ».
Au jour d’aujourd’hui
Pléonasme devenu un véritable tic de langage chez certains animateurs, l’expression « au jour d’aujourd’hui », qui appartient à la langue familière, est ressentie comme une forme d’insistance pour souligner l’opposition entre le temps actuel et le temps passé.
« Aujourd’hui » est déjà à l’origine un pléonasme puisque le mot est la contraction de « à le jour d’hui », renforcement au XII é siècle de l’adverbe de l’ancien français « hui », le jour où l’on est, qui vient du latin « hodie », en ce jour. Emile Littré, dont les nombreux travaux philologiques et lexicographiques devaient aboutir à la publication du Dictionnaire de la langue française, dénonça vivement la forme « aujourd’hui », regrettant qu’on eût changé « hui » pour un équivalent si lourd. Que dirait-il de ce « pléonasme au carré » parfaitement inutile qu’est la formule « aujour d’aujourd’hui » ?
Sous-titrage et incrustations : des abréviations incorrectes
Certaines émissions de télévision continuent d’utiliser le système abréviatif anglais alors que l’ensemble de la presse écrite respecte l’usage français. Il convient donc de rappeler que le français n’emploie pas de point abréviatif lorsque l’abréviation restitue la lettre finale du mot : Pdt et non Pdt. pour Président, Dr et non Dr. pour Docteur, St et non St. pour Saint. L’abréviation de Monsieur est M. et non Mr ou Mr. (Mr. Propre et Mr. Bricolage étant des marques déposées sur le modèle anglo-saxon).
Par ailleurs, contrairement à ce que l’on peut voir régulièrement dans les incrustations, les symboles des unités de mesure, tels 150 km, 70 kg s’écrivent sans point final et ne prennent pas la marque du pluriel.
Lettre du CSA de mars 2010
