Le mot nominé serait apparu en 1978 (selon Le Petit Robert), alors que pour Jacques Capelovici, l’introduction de ce mot dans notre langue serait due à Romy Schneider qui, faute de trouver la traduction française, a francisé le mot anglais nominee en nominé, lors de l’attribution des César de 1980.
En fait, ce mot était déjà bien implanté dans le milieu cinématographique et attesté à l’écrit, dès 1976, au sens d’être désigné comme candidat à un prix cinématographique : « Dans les semaines qui suivirent la nomination, les gens très gentils, qui jusque-là, avaient pris l’habitude de me dire : Tu verras, tu seras nominée, me dirent désormais : Je te l’avais bien dit qui tu serais nominée ». (Je sais bien qu’il faudrait employer un autre mot que ce barbarisme : ce serait « candidat désigné. Ca me dépayserait… ».
En 1983, la commission ministérielle de terminologie de l’audiovisuel propose les équivalents sélectionné et nommé (arrêté ministériel du 24 janvier 1983 relatif à l’enrichissement du vocabulaire et de la publicité, J.O. - N.C du 18 février 1983).
Un « greffon mal venu de la flore hollywoodienne »
Dans un communiqué du 7 février 1985, l’Académie française dénonce ce « barbarisme dont notre langue n’a nul besoin » et demande qu’il soit remplacé par proposé ou désigné. Deux ans plus tard, après avoir félicité la presse pour s’être abstenue, du jour au lendemain, d’employer ce « greffon mal venu de la flore hollywoodienne », l’Académie constate la réapparition de l’indésirable chez les professionnels de la télévision. Elle souligne cependant que « les gens de théâtre évitent soigneusement le barbarisme lors de la remise de leurs récompenses à l’effigie de Molière ».
L’Académie française n’est pas la seule à condamner fermement le terme. Le Comité de linguistique de Radio Canada dénonce à plusieurs reprises cette incorrection employée par certains journalistes québécois. La Maison de la Francité de Bruxelles, quant à elle, recommande le mot sélectionné.
Actuellement, l’usage des termes français a réussi à s’imposer lors de la cérémonie annuelle des César, de même qu’à l’occasion de la retransmission des Oscars américains, les commentateurs français traduisant systématiquement le terme anglais en utilisant soit nommé, soit sélectionné. Le mot nominé cependant reste usité par les invités et dans les émissions de variétés et de jeux.
Avec l’apparition des programmes de téléréalité, animateurs et participants se sont à nouveau emparés de l’anglicisme et se gargarisent de leur expression culte : « nominés à l’élimination », à longueur d’émission, détournant ainsi le mot de son sens et transformant en menace un espoir de récompense…
Lettre du CSA de juin 2010
