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LES REPORTAGES AJP 2013

Cette rubrique a pour objectif de publier tous les reportages issus de nos activités et de montrer ainsi les retombées des voyages de presse que nous organisons ou/ et auxquels nous participons. Nous mettrons aussi en ligne certains reportages de membres de l’AJP dont nous voulons souligner l’importance pour le patrimoine.

LES 15 ANS DE LA ROUTE DES VILLES D’EAUX DU MASSIF CENTRAL
Voyage de l’AJP en évaluation du patrimoine des villes d’eaux.

QUINZE ANS DE ROUTES DES VILLES D’EAUX ; UN PATRIMOINE THERMAL MIS A L’HONNEUR

Magnifiques villes d’eaux du Massif Central, magnifique patrimoine du début du XXème siècle laissé quelque peu abandonné pendant quelques années mais qui semble revivre, climat vivifiant permettant de se « reglobuler » comme on le dit parfois dans cette région, tout est fait pour attirer à juste titre et retenir, non seulement les curistes mais toute une frange touristique qui ferait bien de séjourner un peu dans un des beaux coins de la France. A force de capitaliser sur l’image des volcans, de l’art roman, des fromages, on est passé à côté d’une autre grande richesse du Massif Central : le patrimoine thermal. Des joyaux fragiles qui peuvent disparaître s l’on y prend garde. Le patrimoine des villes d’eaux du Massif Central a bien besoin qu’on s’occupe de lui et qu’on le fasse connaître. Pour cette raison, l’AJP est allée voir de plus près son état actuel et les problèmes posés. Et cela à l’occasion des 15 ans de la naissance officielle de la Route des villes d’eaux du Massif Central, créée en 1998 et qui est une association intercommunale regroupant 18 villes d’eaux réparties sur quatre régions et huit départements. Son objectif ? Faire évoluer l’image des villes thermales, mettre en valeur leurs richesses afin de valoriser leur attractivité touristique au travers.des spécificités. Une immersion dans l’identité culturelle de ces villes.

Ce sont les « capitaines d’industrie » du Second Empire qui furent les promoteurs des stations thermales et ont investi en celles-ci comme ils finançaient les activités les plus variées dès lors qu’ils pouvaient espérer un retour sur investissement rapide. Mais, à l’époque, on avait le goût du savoir-faire et de la décoration afin de plaire au plus grand nombre. Et c’est ainsi que le patrimoine thermal s’est construit avec l’aide d’artistes connus et reconnus. C’est une véritable « fièvre thermale » qui joue sur tous les tableaux : vertus médicinales des eaux, vertus réelles ou « culturées  », casinos pour ce distraire (toutes les villes d’eaux en ont un), aménagements divers de cours d’eaux et des montagnes environnantes, établissements de bains de luxe pour une clientèle exigeante et mondaine, transports, publicité, etc. Bref, un secteur économique très structuré où le curiste a le choix. A cette époque, les guides touristiques (Michelin, Diamant) vantent bien les stations thermales.
L’âge d’or du thermalisme se situera entre 1860 et 1920. Le Mont-Dore, La Bourboule, Royat décollent brusquement. Le Mont-Dore multiplie les travaux, agrandit les thermes, construit le funiculaire en 1898, le chemin de fer arrive, les grands hôtels poussent comme des champignons vers 1900 et les villas aussi. En matière urbanistique et architecturale, le Puy-de-Dôme s’affirme par son patrimoine bâti, patrimoine que l’on classera ou inscrira aux Monuments Historiques à tout-va. Puis, après la deuxième guerre mondiale, on n’investit plus mais les grands hôtels ne sont pas démolis mais reconvertis à d’autres fins ; les stations refusent de renoncer à ce qu’elles furent et dorénavant, elles s’orientent de plus en plus vers un tourisme vert tout en voulant conserver et préserver le beau patrimoine thermal.
L’invention des séjours de « remise en forme » et des vacances « bien-être » a permis de proposer des prestations « santé » alors que la crise des déficits chroniques de la Sécu vers les années 1980 réduisait considérablement le nombre de curistes médicaux. L’avenir du thermalisme semblait compromis. C’est dans ce contexte que naissait il y a quinze ans les Routes des Villes d’Eaux du Massif Central ayant un rôle de promotion des stations thermales. Elle est présente partout où l’image des stations peut présenter ses atouts et elle participe à des événements culturels et sportifs. A l’occasion de ces quinze ans, l’association a organisé une exposition « Les trésors architecturaux des villes d’eaux du Massif Central ». 18 villes d’eaux, 18 expositions, du 15 mai au 31 octobre, en extérieur et dans les parcs thermaux.

UN PATRIMOINE EXCEPTIONNEL

L’AJP a pu se rendre dans plusieurs sites ; partout, le patrimoine se montre. Parfois en bon état, parfois moins, parfois en état délicat…

Le Mont-Dore et son patrimoine d’exception

Dieu ! que c’est beau l’établissement des bains du Mont-Dore ! Comment se fait-il qu’on sache à peine qu’il y en ait un ? C’est un vrai monument. Quelle noblesse, quelle sévérité, quelle simplicité antique et majestueuse !
George Sand
Voyage en Auvergne – août 1827

Ses thermes, notamment, méritent largement une attention particulière tant ils symbolisent l’essence même de la ville d’eau. Construits entre 1817 et 1823 sur l’emplacement des anciens thermes romains par Charles-François Ledru, il est ensuite agrandi. C’est une véritable cathédrale qui s’offre là au regard, un des plus beaux établissements thermaux de France. Façade austère mais intérieur somptueux, digne des thermes de Dioclétien ! Un hall des sources avec les buvettes constituées d’éléments classiques : niches, colonnes, frontons. Marbre des Vosges, voûtes décorées des peintures d’Hector d’Espouy puis de celles, dans les années 1930, d’Ernest Pincot qui y mettra aussi des mosaïques versicolores, des vasques ainsi qu’un mobilier et des céramiques pour les salles d’inhalations. Inutile de préciser que l’établissement est classé Monument historique.

Mais s’il n’y avait que les thermes !
Au Mont-Dore, on voulait se distraire, s’amuser mais aussi se promener et « faire une cure de grand air ». On a donc construit le funiculaire du Capucin dès 1898 et des casinos. Le funiculaire est toujours d’origine, fonctionne à merveille et est le plus vieux de France en état.

Ses voitures en bois ont été reconstruites à l’identique mais les mécanismes de traction sont « dans leur jus » de 1898. Et c’est "Charlotte", une guide-conférencière, atypique pour le moins, qui vous expliquera tout avec science et humour !!!

Alors, le Mont-Dore, reine des stations ? Avec Vichy, on pourrait la mettre dans le classement des top 10 mais…

Et la Bourboule ? Le charme total.

La Bourboule, parlons-en. En bordure de la Dordogne (qui sait que la Dordogne nait tout près d’ici ?), La Bourboule s’est développée à la manière d’une ville champignon, se dotant d’un patrimoine architectural tout aussi magnifique que ses sœurs, voire plus et où dominent les ors de la Belle Epoque ainsi que de l’Art Déco à, foison. Quel charme que cette ville d’eaux qui est plus que cela de nos jours. Une ville de tourisme, de repos, de balades dans une nature splendide. Il y eût d’abord la guerre des sources, une véritable guerre des puits. On construisit les Thermes, les hôtels, les casinos avec une frénésie sans égal. On vit débarquer les lords anglais, les ministres espagnols, les notables sud-américains, les diplomates, les reines et le roi Farouk, enfant, qui ne faisait que des bêtises ! Plus tard, Sacha Guitry et Sarah Bernhardt. Ils étaient tous là. Et le patrimoine de cette station avait été conçu pour être à la hauteur !

Signalons le fameux hôtel de ville avec ses fresques et surtout son extraordinaire escalier à rampe marbrée et ses ferronneries peintes en rouge  ; c’est là l’ancien casino des Thermes qui conserve ses cariatides en façade. Le monumental casino, quant à lui, construit par Camut en 1892 et agrandi en 1928, possède un décor de façade en mosaïques rehaussées d’or sur des thèmes floraux. Quant au plafond du grand hall, c’est là qu’il faut lever la tête et admirer les deux coupoles sur pendentifs au remarquable décor Art Nouveau. Décoration d’origine inspirée du XVIIIè siècle et bien conservée.

Mais, c’est sûr, les Grands Thermes et ce casino demeurent les principaux témoins de l’âge d’or thermal de La Bourboule. Quant à l’urbanisme de La Bourboule, quel plaisir de déambuler, même de bon matin, sur le boulevard Georges Clémenceau, principale artère de la station où l’on peut admirer la magnifique (le mot n’est pas trop fort) façade de l’ancienne pâtisserie Rozier réalisée en 1920 par Louis Jarrier et les mosaïstes Gentil et Bourdet. On pourra aussi, au cours de la promenade, passer sur le pont du Vendreix qui comporte les fameuses bornes en mosaïque mais qui auraient bien besoin, elles, d’une sérieuse restauration. Et que serait une ville d’eau sans son « espace vert », comme on le dit maintenant ? Son parc Fenestre fût implanté dès 1874 et comporte quelques essences remarquables d’arbres. Paradis des promeneurs et des enfants sur 12 hectares environ. N’oublions pas toutes les villas bourgeoises d’époque dont certaines gardent tous leurs attraits telles les ferronneries des fenêtres.

Depuis la nuit des temps, Néris-les-bains.

Fondé par les Romains qui en firent un grand centre thermal, les fouilles le prouvent, Néris-les-Bains a traversé les siècles et a pu s’équiper, dans les années 1930, d’une gare imposante qui figure parmi les plus belles de France même si elle n’a servi qu’une dizaine d’années. Mais revenons en arrière.
Avec la colonisation romaine, la bourgade devient Aquae Nerii et des temples, une basilique, d’autres monuments publics sont construits La cité est considérée comme l’une des plus belles de la Gaule romaine. L’amphithéâtre, dont il reste des vestiges, pouvait accueillir 3000 spectateurs…plus que la population actuelle ! Puis c’est l’abandon pendant longtemps jusqu’au 19è siècle qui fait revivre cette ville d’eaux. Tout s’emballe et en quelques décennies, tout est fait : casino, théâtre, thermes, hôtels… C’est donc un patrimoine qui fait voyager dans le temps jusqu’à l’époque où ils venaient tous : l’Impératrice Eugénie, Lamartine, Chateaubriand, Musset, Massenet… Mais c’est aussi la période romaine avec son héritage antique que l’on peut encore voir en contrebas de ce qui est maintenant la piscine municipale, exhumés dès 1840 et dont les fouilles plus tardives ont fourni des céramiques, des monnaies, des bijoux, etc…

A Néris, subsiste le charmant petit théâtre avec ses décors allégoriques en extérieur et au-dedans un univers imitant un peu le style pompéien. Quant au casino qui jouxte le théâtre, il fût éclairé à l’électricité dès 1898, suscitant l’émerveillement des curistes.

Enfin, la fameuse gare de Néris-les-Bains. Pendant la première guerre mondiale, Néris est une ville-hôpital mais dès 1923, la ville gagne une mairie néogothique. Cependant, il n’y avait pas encore le chemin de fer. Enfin, ce dernier arrive par la ligne Montluçon-Clermont-Ferrand et c’est en 1931 que Louis Brachet construit une gare imposante qui est alors considérée comme une des plus belles de France. Plus un château qu’une gare, avec un toit de tuiles vernissées comme en Bourgogne. La gare ne fonctionnera qu’entre 1939 et 1957 pour des raisons économiques diverses et si la façade est toujours bien conservée, l’arrière vient d’être réaménagé en salle socioculturelle mais fort bien intégrée au paysage. Intéressante reconversion.

Bourbon-L’Archambault, des titres de gloire certifiés.

Berceau de la lignée des Bourbons avec son château primitif, une arrivée sur Bourbon-l’Archambault par le haut vaut que l’on s’y arrête pour une vue d’ensemble. Un village paisible surplombé par un des plus imposants ensembles féodaux de France. Nos ancêtres de la préhistoire avaient déjà compris qu’il y avait là aussi des eaux bienfaisantes qui connaissent au XVIIè siècle un engouement certain. Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII rénove les bains et lance la mode. Dès lors, ils viennent tous. Madame de Montespan, Madame de Sévigné le prince de Talleyrand-Périgord puis Boileau, Fénelon, Saint-Saëns et le président Doumer. Or, pour succéder aux bains de l’Ancien Régime, il fallût construire de nouveaux thermes et là, nous avons une merveille en matière de patrimoine.

C’est à partir de 1881 que l’on s’attelle à cette construction, sur les plans de Charles Le Cœur et qui sera décoré par un artiste de génie, Léon Parvillée (et ses fils par la suite) en 1885. Merveille de décoration avec ses fresques en faïences d’inspiration orientale où, dominent les ors et les bleus. On appelle l’endroit le « Palais des Thermes » !

Des magnifiques plafonds d’origine en châtaigner également. Incontestablement, parmi les plus beaux thermes de France et peut-être d’Europe !

Et pour couronner le tout, autre atout d’intérêt : l’hôtel-restaurant Montespan Talleyrand qui rejoint l’établissement thermal directement par une galerie et qui, en lui-même, est une merveille patrimoniale avec son patio, ses jardins et la statue de Saint Grelichon (voir note ci-dessous)

Bref, Bourbon-L’Archambault, un beau patrimoine et un livre d’histoire. Bien entendu, ici aussi, l’établissement thermal est classé Monument historique.

Alors ? Non, les villes d’eaux ne sont pas que d’eaux ! Elles sont une richesse patrimoniale française incontestable et nous ne saurions trop encourager les visiteurs de la région à entrer dans les thermes, à admirer les fresques, les verrières, les façades des thermes. Il n’y a pas que des curistes en Auvergne !

G. Levet

* Note sur St Grelichon
Il n’existe pas vraiment. Pourtant, on venait le prier pour...obtenir une plus belle poitrine, des seins plus gros, autrement dit. On grattait le nombril (peut-être même plus bas, dit-on) du saint et le voeu était parfois exaucé !