Le patrimoine des aéroports décrypté pour l’AJP

Un grand succès pour cette visio-conférence du soir, consacrée au patrimoine des aéroports ! L’AJP a réuni le 24 mars, vingt-trois membres autour de nos trois invités pour débattre des spécificités de ce patrimoine méconnu et de comment le préserver.

A l’occasion de la parution de l’ouvrage « Orly, aéroport des Sixties » aux éditions Lieux-Dits, membre organisme de l’AJP et spécialiste de livres consacrés au patrimoine, notre visioconférence du mercredi 24 mars à 18h30 a fait le point sur la question La rencontre était animée par Véronique Hamel, membre du CA de l’AJP. (Cliquez ici pour télécharger le dossier de presse de l’ouvrage)

La première intervention est revenue à Paul Damm, conservateur du patrimoine à la Région Ile-de-France, qui a écrit un livre consacré à Orly après avoir étudié durant cinq ans l’histoire et le patrimoine de cet aéroport. Ce livre a été réalisé par la Région Ile-de-France, avec le soutien du Groupe ADP qui conserve une collection incroyable et en partenariat avec le musée Air France.

Corinne Lauretta, sa responsable de la mission d’inventaire depuis neuf ans a ainsi expliqué qu’ADP conserve des engins, des uniformes, du matériel comme des rangées de sièges d’avions des années 196 à 1980, des photographies des travaux de construction d’Orly… dans un dépôt malheureusement non ouvert au public. Le groupe ADP possède également un fonds photo extraordinaire (utilisé dans l’ouvrage) qui couvre toute l’histoire de l’entreprise depuis la pose des fondations d’Orly jusqu’aux dernières constructions de Roissy. Ainsi, on peut documenter de près les techniques utilisées sur le chantier.

Paul Damm rappelle que l’aéronautique est née en…1783 à Versailles avec le premier vol habité en montgolfière, un coq, un mouton et un canard sont les passagers de ce vol inaugural. C’est donc une invention française, Viry-Châtillon abritant le Port-Aviation, le premier aéroport jamais créé au monde, dès 1909 et dont il reste deux bâtiments labélisés en 2018 par la Région Ile-de-France « Patrimoine d’intérêt régional » et que curieusement, l’Etat refuse de protéger au titre des Monuments historiques ! Evidemment, la fin du XIXe siècle et les débuts du XXe furent très prolifiques pour les pionniers de l’aviation. Même si Le Bourget a été bombardé durant la Seconde guerre mondiale, il demeure aujourd’hui un important patrimoine des débuts de l’aviation abrité par le musée. Au niveau de l’architecture même des aéroports, nos invités ont aussi évoqué le nom de Paul Andreu, créateur du très novateur terminal Roissy I, dessiné en 1967.

C’est un patrimoine qui a tout juste cent ans et Paul Damm estime que c’est le délai pour arriver à une prise de conscience de la nécessité de conserver : les gares parisiennes, après tout, n’ont été protégées qu’à partir des années 1980.

« Le cas Orly » a ensuite été évoqué : il s’agit de l’aéroport le plus aimé des Français semble-t-il, inauguré il y a soixante ans. « C’était véritablement une nouveauté, explique le chercheur, avec son « mur rideau » en panneaux de verre ; cette nouvelle façon de prendre l’avion en enregistrant ses bagages à l’arrivée dans le terminal, sans trop marcher car Orly reprend l’échelle d’une gare ferroviaire ; et puis des nouveaux avions : les jets comme les fameuses Caravelles. Le tout épousant les nouvelles préoccupations d’une époque où le tourisme de masse commençait. Orly était l’édifice le plus visité de France grâce à ses terrasses et des visites guidées étaient organisées. D’où la chanson « Un dimanche à Orly » de Gilbert Bécaud qui énumère toutes les avancées en confort moderne des 30 Glorieuses. « Il y a une idéalisation de cette époque, prévient cependant l’historien car il ne faut pas oublier, non loin d’Orly, les îlots insalubres de cabanes où s’entassaient au même moment, des populations pauvres en manque de logement. »
Avec le développement de Roissy, Orly a ensuite perdu de sa superbe pour revenir dans les années 2000 grâce au développement des compagnies lowcost.

Catherine Corteville insiste ensuite sur l’importance, en Ile-de-France du « patrimoine de réseaux » qui oblige le service Patrimoines et Inventaire de la Région Ile-de-France à faire « un pas de côté, par rapport au patrimoine classique ». Elle remarque que le développement des aéroports est allé de pair avec celui des villes nouvelles, des RER, des autoroutes…

La conversation a ensuite évoqué la question du goût d’une époque : Paul Damm a fait remarquer que « la ville du Havre, reconstruite après-guerre, longtemps vue comme affreuse est aujourd’hui inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Parce que notre regard a changé, comme il a changé notamment sur Roissy. C’est une des difficultés du métier de conservateur que de ne pas être dupe de son époque, de se projeter au-delà des changements de goûts et des modes. »

Les échanges se terminent, par les interventions de plusieurs de nos membres associés qui oeuvrent dans ce patrimoine-là : est évoqué le rôle important de nombreuses associations qui sauvegardent les avions, les lieux, les objets, les documents liés à cette mémoire de l’aéronautique et des aéroports, autour du musée virtuel d’Air France, Air Inter, des collections d’ADP, du musée du Bourget et d’autres lieux peu connus en France.

Contacts :
Paul DAMM Auteur de l’ouvrage « Orly aéroport des Sixties », éditions Lieux-Dits, 176 pages, 29 euros, bilingue français/anglais
Conservateur en chef du patrimoine, Direction de la culture, Région Île-de-France
Tél. (+33)1 53 85 54 92 / Mobile (+33)6 10 49 36 70
paul.damm@iledefrance.fr 
Catherine CORTEVILLE Cheffe du serve Patrimoines et Inventaire, Direction de la Culture – Région Île-de-France
01 53 85 59 94 catherine.corteville@iledefrance.fr
Corinne LAURETTA Responsable de la Mission « Gestion du patrimoine historique du GADP »
T +33 (0)1 48 64 48 61 / M +33 (0)6 86 71 47 86
corinne.lauretta@adp.fr

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