Le point sur la « déconstruction » programmée de la Chapelle Saint-Joseph à Lille

DR : Sppef

Nous étions treize membres de l’AJP mercredi 13 janvier, pour la rencontre en visioconférence,  animée par Philippe Royer, journaliste, secrétaire général adjoint de l’AJP,avec l’association Urgences Patrimoine, soutenue par un grand nombre de Lillois, représentée par Alexandra Sobczak, saprésidente fondatrice et de spécialistes de l’architecture religieuse, dont Mathieu Lours (lire son texte en cliquant sur ce lien)à propos du projet contesté de « déconstruction » de la Chapelle Saint-Joseph, à Lille.

Alexandra Sobczak a pris la parole en premier pour raconter le bras de fer qu’elle mène depuis mai 2020 après avoir découvert le projet dans un article de La Voix du Nord, contre l’école d’ingénieurs Junia, qui fait partie de l’Université catholique de Lille. Junia veut en effet agrandir son campus en déconstruisant la chapelle Saint-Joseph, qui se trouve à l’intérieur du périmètre de l’école, pour bâtir à la place de nouveaux espaces de travail, et faire passer la capacité d’accueil du campus de 5000 à 8000 étudiants.
Ancienne chapelle du collège des Jésuites de Lille, Saint-Joseph a été édifiée à la fin du XIXe siècle, mais elle n’est plus utilisée depuis des années. Pour autant, peut-elle être gommée purement et simplement du patrimoine religieux lillois ? Pour alerter les médias, Alexandra Sobczak a lancé une pétition, puis Urgences Patrimoine a fait une proposition de projet de réhabilitation pour démontrer que « transformer coûte moins cher que démolir et reconstruire » nous a-t-elle expliqué. Surtout que la structure est en bon état. Stéphane Bern a alors relayé leur action et Franck Riester, alors ministre de la Culture a demandé un sursis.

Mais en novembre, Roselyne Bachelot, nouvelle ministre, a refusé le classement sous prétexte du manque d’intérêt patrimonial, du mauvais état de l’édifice et… du retard pris par le projet de modernisation ! La présidente explique ensuite comment elle a d’abord rallié des soutiens universitaires et tardivement les grandes associations du patrimoine rassemblées au sein du « G 7 ». Urgences Patrimoine a perdu son référé fin décembre, mais vient de déposer un recours devant le Conseil d’Etat, tout en demandant au président Emmanuel Macron se « grâce » pour Saint-Joseph, dernier espoir. « Faisant feu de tout bois pour alerter l’opinion, l’association a recherché sur Le Bon Coin « un parlementaire courageux » et note avec ironie qu’elle a reçu plus d’échos dans les médias avec cette action qu’avec le soutien des 12 scientifiques et personnalités !

Au-delà du cas de Saint-Joseph, c’est du sort des églises et chapelles du XIXe siècle en particulier que nous avons évoqué avec Mathieu Lours. L’historien s’inquiète en effet de leur avenir. Il souligne d’abord qu’après le traumatisme, en 2014, de la démolition de Saint-Jacques d’Abbeville, il est étonnant qu’il n’y ait pas plus de mobilisation pour sauver Saint-Joseph, cette belle chapelle mi-néogothique, mi-néobyzantine. Il plaide pour qu’au ministère de la Culture, on remette en activité le Comité du patrimoine cultuel, car les églises du XIXe siècle ont aussi une valeur de patrimoine mémoriel du village, du quartier, de la paroisse qui doit être respecté, même si l’édifice n’est pas classé. « Les églises de nos campagnes, surtout celles du XIXe siècle, brûlent des flammes de l’indifférence » a-t-il souligné. « On a des forces vives locales, pleins d’interlocuteurs à tous les niveaux mais il faudrait qu’ils se fédèrent davantage ».

Pierre Lamalattie, journaliste membre de l’AJP, a souligné que le désintérêt pour la seconde moitié du XIXe siècle concerne également les beaux-arts et que de nombreux monuments de rue de cette époque ont disparu.

Jean-Louis Hannebert, ancien ABF, membre associé de l’AJP, souligne que dans une institution comme « la Catho de Lille » cet héritage devrait au contraire faire partie de la culture que l’on prétend transmettre aux étudiants. Il y a un paradoxe.

Alexandra Sobczak répond en effet que « C’est l’institution qui a mis elle-même son patrimoine par terre ». Et les anciens élèves, souvent mécènes, soit sont liés par intérêts et relations avec Juniac, soit aimeraient protester contre le projet. Mais leur président s’est abstenu de voter contre. Donc ils sont muets. Pour elle, la première responsable est l’ABF qui a accepté cette destruction sans aucune restriction.  Junia a suivi scrupuleusement son avis en s’engageant en contrepartie à conserver les vitraux et les tapisseries qui la décorent, et à restaurer à ses frais le Palais Rameau, juste à côté de la chapelle. Un bâtiment inoccupé et dégradé, mais classé au titre des monuments historiques, alors que la chapelle ne l’est pas.

Christophe Delaunay, consultant en patrimoine dans les Pays de Loire et membre associé de l’AJP témoigne de la difficulté de trouver des interlocuteurs qui représentent à la fois les propriétaires, les affectataires, les paroissiens, les habitants, en ce qui concerne le patrimoine religieux. Et qu’il n’y a aucune organisation ni pour l’entretien, ni pour la valorisation des églises, alors que ce serait l’intérêt de tous, et en premier lieu du clergé. Il pense que l’échelon pour améliorer cette valorisation serait la région.

A une question d’Arielle Courty, journaliste aux Chantiers du Cardinal et trésorière de l’AJP sur la transformation possible de la chapelle Saint-Joseph, Alexandra Sobczak répond qu’on peut la transformer, avec un peu d’imagination en amphi, en bibliothèque, en salles de cours… Car elle mesure 43 mètres de long sur 13 mètres de large.

Jean-Louis Hannebert propose une exposition sur les innombrables et trop méconnus projets de reconversion, transformation des églises.

Alexandra Sobczak est d’accord mais prévient que les maires, pourtant propriétaires et responsables du bon état des édifices religieux bâtis avant 1905, ont peur d’investir dans ce patrimoine pour ne pas s’attirer les foudres d’administrés anticléricaux, et que les hommes d’église ont démissionné de la question.

Sophie Laurant, journaliste, présidente de l’AJP, a conclu la réunion en proposant que peut-être l’AJP puisse être un lieu de rencontre et de lien des différentes associations de défense du patrimoine, dont beaucoup sont membres. Les journalistes, à l’AJP, sont plus souvent sur des sujets de fond du patrimoine que sur son actualité urgente et, du coup, on a du mal à être réactif rapidement. Mais on espère que de nombreux membres, chez nous, continueront de relayer ce débat et de faire parler du sauvetage de Saint-Joseph.

Contacts :

-Alexandra Sobczak, présidente fondatrice d’Urgences Patrimoine urgences.patrimoine@gmail.com

Mathieu Lours, historien de l’architecture mathieu.lours@yahoo.fr

Philippe Royer, journaliste, secrétaire général adjoint au Conseil d’administration de l’AJP.
philippe-royer@live.fr

Liens utiles :

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La Sppef

La Voix du Nord

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