Le statut des guides-conférenciers est remis en cause

Citée souvent dans les médias pour la grogne qu’elle occasionne chez les professions libérales, la loi de simplification de la vie des entreprises, dite loi Macron, touche également le monde du patrimoine. Plusieurs centaines de guides-conférenciers se sont retrouvés le 19 janvier 2015 Place du Palais Royal à Paris et devant plusieurs lieux touristiques en régions afin de manifester contre des réformes dont ils estiment qu’elles mettent leur profession en péril.

Une conséquence inattendue de la loi Macron :

Les guides conférenciers en danger


Il faut dire que depuis quelques années le statut des guides ne cesse d’être modifié. Il y a peu, la France comptait quatre types de guides reconnus par l’état : les conférenciers nationaux titulaires d’un bac+4 au minimum dans le domaine de l’histoire ou de l’histoire de l’art et ayant réussi un examen organisé une fois tous les deux ans par le ministère du tourisme, des guides interprètes nationaux et régionaux titulaires d’un bac+3 dont un an d’enseignement spécifique à l’université et maîtrisant une ou deux langues étrangères, des guides-conférenciers des villes et pays d’art d’histoire possédant le baccalauréat et ayant suivi une formation d’un an dédiée au patrimoine local. Les conférenciers nationaux et les guides interprètes nationaux étaient les seuls autorisés à diriger un groupe dans l’ensemble des musées et monuments du territoire tandis que les guides régionaux interprètes ou des villes et pays d’art d’histoire voyaient leur compétence reconnue dans la seule région où ils avaient obtenu leur habilitation.

Afin de simplifier un système jugé incompréhensible pour les entreprises de tourisme, l’état a décidé, il y a deux ans, de fusionner les différentes catégories en une seule nommée « guide-conférencier », chaque professionnel se voyant alors attribuer une même carte quelle que soit sa qualification d’origine. Cette réforme avait déjà fait grincer les dents et d’aucun avait soulevé que confondre en une même appellation des professionnels titulaires d’un bac + 4 et d’autres d’une simple formation complémentaire risquait plutôt de semer de la confusion là où le législateur avait agi par souci de clarté.

Les étudiants souhaitant devenir guides devaient désormais suivre une formation universitaire de deux ou trois ans complétée d’un cursus dans des filières spécialisées et obtenir une licence professionnelle (bac+3) ou un master 2 (bac+5) pour se voir délivrer le précieux sésame. Prévenues tardivement, les facultés de lettres, d’histoire, d’histoire de l’art, de médiation culturelle et de langues étrangères ont dû créer en hâte des sections et des programmes répondant aux exigences de l’état pour offrir les nouvelles formations dès la rentrée 2014.

Quatre mois après le début des cours, le gouvernement annonce la suppression de la carte professionnelle pour l’obtention de laquelle de nombreux étudiants sont entrés en formation. Il suffira désormais de faire une simple déclaration sur l’honneur pour s’inscrire sur un registre en préfecture et pouvoir exercer.
Les guides sont eux-mêmes très inquiets : la suppression de la carte ouvre leur métier à des personnes non formées. Il est à craindre que le contenu et la qualité des visites s’en ressentent douloureusement. Au-delà de ces simples contingences, c’est l’image du patrimoine national qui, mal présenté, risque d’être écornée. Et que dire de la situation financière des guides qui face à l’arrivée d’une concurrence sauvage et d’une augmentation drastique de l’offre risquent de voir fondre leurs revenus comme neige au soleil. La disparition des cartes les privant en outre des gratuités d’entrée dans les musées, ils devront désormais payer pour accéder à leur lieu de travail et intégrer dans leurs horaires les attentes au guichet.
Face à ces sombres perspectives, les manifestants du jour étaient déterminés à se faire entendre mais étaient aussi dépités par le peu d’engouement que suscitait leur cause dans la presse. Il faut dire que l’on compte en France à peine 10 000 détenteurs d’une carte, que 3000 exercent réellement et que beaucoup considèrent ce travail comme une activité d’appoint. Or, dans un pays où la justesse d’une cause se mesure au nombre d’individus qu’elle mobilise et au retentissement qu’elle reçoit dans les médias, la messe semble être dite pour nos guides conférenciers.

Dans cette histoire, l’état paraît une nouvelle fois pécher par ignorance car il prêche toujours à qui veut l’entendre que le tourisme est une priorité pour l’économie nationale et que seule la médiation sera capable de résoudre les problèmes d’inégal accès à la culture, cette noble mission ne pouvant être remplie que par des personnes bien formées.

Au-delà des cafouillages et revirements qui causent de nombreuses victimes collatérales, c’est le patrimoine lui-même qui se meurt lorsque l’on assassine certains de ses plus fidèles représentants.
L’AJP ne pouvait rester muette devant une telle situation.

Arnaud YBERT
Historien de l’art, membre de l’AJP

Pour tout renseignement complémentaire s’adresser au Syndicat National des Guides-Conférenciers

http://www.sng-c.org/
contact@sng-c.com

Une conférence de presse est organisée ce jeudi 22 janvier par l’UNAPL

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