Les musées-jardins, très secrets, sont liés au patrimoine d’Amsterdam (Anne-Marie Granier)

Plus secrets que les Van Gogh ou Rijksmuseum, les musées-jardins d’Amsterdam sont la face cachée de la très aristocratique ceinture des Canaux.Par leur passé prestigieux lié à l’histoire des Pays-Bas, ils appartiennent eux aussi au patrimoine du pays.

Ainsi le Geelvinck Museum Hinlopen Huis situé 633 canal Keizersgracht qui derrière ses façades historiques est aussi un lieu de culture prisé que les propriétaires Dunya Verwey et Jurn Buisman font vivre en accueillant des concertistes du monde entier,et un festival annuel de pianoforte.Sans compter l’exposition d’une collection exceptionnelle de pianos anciens du 18-19ème siècle qui à mérite à elle seule le détour.

Ils s’appellent Singel,Herengracht,Prinsengracht,Keizersgracht mondialement connus sous le nom de canaux d’Amsterdam, inscrits depuis 2010 sur la liste du Patrimoine de l’Unesco,ils ont fêté en 2014 leurs 400 ans. Construits en 1580 mais terminés avec le siècle d’or,ils abritent sur leurs berges bordées d’arbres centenaires de magnifiques hôtels particuliers appartenant aux plus illustres familles des Pays-Bas. Ces demeures aux architectures très diverses,brique rose, pierre, baroque, renaissance, Art Nouveau, façade en goulot, à pignon sont toutes dotées d’une spécificité propre. Ici chacun affiche et assume son style sans ostentation.La plupart des maisons des canaux ont été édifiées aux 17ème et 18ème siècle, par des architectes dont les noms inscrits sur les façades(Jacob Van Campen, Herdrick de Keyses ou les frères Vingboon) sont passés aujourd’hui à la postérité. Commandées par des bourgeois fortunés du 17ème siècle (banquiers, avocats, médecins armateurs..) qui y vivaient et y faisaient leurs affaires, ces magnifiques demeures des canaux se visitent lors des journées des Jardins ou de la Tulipe, voire tout au long de l’année pour certaines d’entre elles. Plus justement disons qu’elles se découvrent plus qu’elles ne se livrent.Dissimulées derrière des façades historiques, elles abritent souvent un passé tourmenté. Démolies, restaurées au gré des propriétaires,ayant changé de fonctions,devenues musées, toutes ont en commun d’assumer avec fierté un héritage lié à l’histoire économique, sociale et politique de leur pays.

De grandes familles enrichies avec la compagnie des Indes

Ainsi le Musée Geelvinck Hinlopen Huis a eu pour premiers propriétaires Albert Geelvinck et Sarah Hinlopen, issus de riches familles enrichies avec la compagnie des Indes occidentales et la compagnie néerlandaise des Indes orientales.C’est une maison dite double comme beaucoup de demeures des canaux.Le couple acheta d’abord en 1680 une double parcelle de Terrain sur le canal Henrengracht pour y faire construire une maison patricienne, puis deux autres sur le canal Keizersgracht.Leurs descendants, au bout de 125 ans, vendront cette demeure qui passera entre les mains de plusieurs familles de commerçants comme eux pour finalement être rachetée par l’industriel et collectionneur M.G.A.H Buisman Jzn dans les années 1980. Il fera restaurer le palais urbain qu’il ouvrira au public.Il y introduira sa propre collection de peintures, meubles, objets rares comme la porcelaine de Loosdrecht considérée aujourd’hui comme le summum de la production néerlandaise de porcelaine du 18 ème siècle.Une passion de famille que le propriétaitre des lieux tient à faire partager aujourd’hui en l’exposant dans plusieurs pièces du musée. Dans la bibliothèque néoclassique une cheminée de marbre frappée à l’armoirie de la famille,un harenguier,type de navire traditionnellement utilisé en hollande pour pêcher le hareng, rappelle que les Buisman ont d’abord été pêcheurs à Enkhuizen, la ville des harenguiers avant de devenir au fil des ans industriels et banquiers dans le commerce du sucre, beurre et épices. Puis dans un autre registre,c’est la chambre rouge datant 18 ème siècle rococco à souhait devenue salon de réception de la maison.

Des portraits de famille du français J.B. Perronneau

De magnifiques tableaux de la famille Geelvinck peints par Jean Baptiste Perronneau l’un des plus brillants portraitistes français de l’époque des Lumières témoignent ici de la capacité des Pays-Bas de l’époque à attirer les grands artistes.Plus loin dans la pièce Bleue des chandeliers du 19ème siècle en provenance de Russie composés de verre fondu avec du cobalt. La pièce chinoise, avec ses chaises en noyer aux dossiers et assises cannés dont la réplique se retrouve à l’Ermitage de Saint-Petersbourg,ou encore la table scagliola (imitation du marbre) de 1718. Partout présents, des instruments de musique anciens du 18-19 ème siècle utilisés régulièrement lors des concerts du dimanche ou chaque année en octobre lors du Geelvinck Fortepiano Festival, permettent à des interprètes du monde entier de mettre en valeur un instrument qui a joué un rôle non négligeable au 18-19 siècle dans l’émancipation des femmes aux Pays-Bas. Exclusivement réservé à cette époque à la noblesse, il a su attirer à lui les jeunes filles de la bourgeoisie éclairée, leur permettant de sortir de leur milieu et par là même d’accéder pour la première fois à l’éducation musicale, au monde de la culture et de la littérature qui leur était jusque là fermé. Fort de cette tradition,le Musée Geelvinck accueille une collection rare de pianoforte de diverses provenances.Ainsi Johannes Pohlman (Londres 1770), Buntebart & Sievers (Londres 1787), Meincke & Pieter Mayer (1786) néerlandais, une dizaine d’instruments français dont un Georges Philippe Roduwartde 1798, Pleyel,Pape,Fourneaux et Alexandre &Fils..y ont très bien trouvés leur place.Une histoire qui relaie celle de la propriétaire des lieux,Dunya Verwey l’un des quatre fondateurs en 1970 du mouvement Dolle Mina engagé dans la défense de la cause féminine,l’égalité des droits dans la société et la répartition des rôles hommes-femmes dans la vie privée, qui deviendra un mouvement national influent aux Pays-Bas. Enfin on termine la visite en traversant le jardin dessiné par Robert Broekema en 1991,un écrin vert agencé autour d’un étang avec fontaine entouré de buis taillés à la française.Situé symétriquement à la façade du Musée,il relie dans une élégante perspective les deux canaux parmi les plus prestigieux d’Amsterdam,le canal de l’empereur (Keizersgracht) et le canal des seigneurs (Herengracht),rappellant une dernière fois au visiteur que cette ville s’est construite avec l’eau.Ce qu’à vrai dire on avait un peu oublié en parcourant ce lieu hors du temps.

www.geelvinck.nl
http://geelvinck.nl/muziek/concertagenda/
http://geelvinck.nl/events/

anne-marie Granier

Photo Roland Spek Museum Geelvinck

Photo Roland Spek Museum Geelvinck

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